La petite histoire des mots – La chronique de Georges Pop
Candidat

Valérie Dittli refuse de ployer sous le poids des critiques. Dans un entretien accordé à notre journal ainsi qu’au Matin dimanche, elle annonce qu’elle sera bel et bien candidate pour se succéder à elle-même, lors des prochaines élections au Conseil d’Etat vaudois. Il ne nous appartient pas, à l’enseigne de cette chronique, de commenter cette décision. En revanche, elle tombe à pic pour nous permettre de remonter aux sources très intéressantes du mot « candidat » et de son féminin « candidate ».
Ce terme nous vient du latin « candidatus » qui signifie « vêtu de blanc ». Il est lui-même dérivé de l’adjectif « canditus » qui veut dire « blanc », « brillant » ou « éclatant ». A Rome, les hommes qui se présentaient à une charge politique portaient une toge blanchie à la craie, la « toga candida » pour montrer leur pureté et leur intégrité
Associée à la lumière du jour, aux dieux et à l’absence de souillure matérielle ou morale, aussi bien dans les cultures égyptienne, grecque et romaine, la couleur blanche symbolisait la joie et l’innocence. Dans la mythologie, les héros et les dieux étaient souvent vêtus de blanc. Les jeunes mariées grecques et romaines portaient le plus souvent un voile ou des vêtements de couleur blanche. A Rome, les prêtresses et les magistrats portaient des toges blanches. Cette symbolique a ensuite été renforcée par le christianisme naissant, qui en a fait la couleur du baptême et de la virginité.
Dans le latin tardif, le terme « candidatus » a aussi désigné ceux qui postulaient à un illustre statut militaire. Vers la fin du XIIIe siècle, le mot « candidat » apparaît ainsi pour la première fois en français, sous la plume du poète Jean de Meung, pour désigner un soldat d’élite aspirant à un rang supérieur. L’auteur, qui avait traduit « L’Art de chevalerie » du romain Végèce, avait repéré ce terme et s’en était servi.
Il fallut attendre le XVIe siècle, avec Rabelais, pour voir réapparaître « candidat » au sens politique moderne de « celui qui brigue une fonction publique », un titre ou une dignité, inspiré directement de la toge blanche des Romains. Un peu plus tard, dans les Facultés, on donna aussi le nom de « candidat » aux étudiants qui briguaient un doctorat.
Intimement lié à « candidat », le mot « candide » apparaît en français au XVe siècle, initialement pour désigner une personne « éclatante », « bienveillante », puis, un siècle plus tard, « sincère ». Dans la mesure où un esprit pur ignore le mal et la duplicité, « candide » a fini par devenir progressivement synonyme de « naïf » et « ingénu ». Ce terme s’est fortement popularisé et a ancré son sens moderne dans notre langue grâce à l’ immense succès du conte « Candide ou l’Optimisme », de Voltaire, publié en 1759.
Lors de ses apparitions publiques, sous ses vestons, Valérie Dittli porte souvent une chemise blanche. Il est vrai qu’en termes d’élégance, le blanc s’associe absolument avec toutes les autres couleurs et motifs qu’il met en valeur .



