La petite histoire des mots
Canadair

Dans tous les pays d’Europe du Sud, ainsi qu’en Californie et au Canada, le ballet des canadairs fut ininterrompu, cet été, pour lutter contre les incendies de forêt de grande ampleur qui se sont multipliés, en raison de la sécheresse et des canicules à répétition.
A l’origine, «Canadair» est un nom propre, plus précisément celui d’une marque déposée par le constructeur aéronautique canadien du même nom qui a conçu les célèbres hydravions anti-incendie Ce nom propre est cependant devenu commun en entrant dans les dictionnaires français, dans les années 1970, pour désigner n’importe quel bombardier d’eau. Ce nom commun s’écrit alors avec un «c» minuscule.
Fondée à Montréal en 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, l’entreprise Canadair a conçu le CL-215 à pistons, en 1967, puis le CL-415 à turbopropulseurs, en 1993, deux modèles légendaire toujours en activité, malgré leur âge et les difficultés liées à leur entretien. Ils sont devenus le symbole de l’avion amphibie de lutte contre les feux de forêt. Canadair appartient aujourd’hui à la société canadienne De Havilland qui a relancé la production de nouveaux avions, totalement interrompue en 2015 faute, à cette époque, de commandes suffisantes.
De Havilland Canada exigeait un volume minimal de commandes pour relancer sa production. Devant la multiplication des méga-feux de forêts, un consortium de six pays européens, dont la France, la Grèce, l’Italie et l’Espagne, a signé en 2022 une commande groupée de 22 appareils. Ce contrat historique a permis le démarrage de la chaine de production d’un nouveau modèle, plus performant, baptisé DHC-515 Firefighter.
Quelque 40 nouveaux canadairs de marque Canadair sont en cours de construction. Les premiers, seront livrés à la Grèce l’année prochaine. Chaque nouvel appareil exige l’assemblage manuel de quelque 50’000 composants, avec une capacité limitée à une dizaine d’appareils par an, face à une demande mondiale qui explose.
Le passage d’un nom propre à un nom commun s’appelle une «antonomase». En perdant sa majuscule, on dit alors que ce mot est «lexicalisé». «Antonomase» nous vient du grec ancien «antonomazein» qui se traduit par «appeler d’un nom différent». Ce mot a été adopté par les grammairiens et rhétoriciens latins dès l’Antiquité, puis introduit en français déjà au Moyen-Âge.
Parmi les antonomases les plus célèbres, on peut citer celle qui a transformé le nom propre de la marque «Frigidaire», créée en 1918, en nom commun pour désigner un réfrigérateur, avec le mot familier «frigo» qui en est l’abréviation directe. Le mot «poubelle» est lui aussi une antonomase. Il tire son nom d’Eugène Poubelle, préfet de la Seine en France, qui a imposé en 1883 l’utilisation d’un boîtier en bois garni de fer pour jeter les ordures ménagères afin d’assainir Paris.
Le préfet a vu son système s’imposer durablement et son nom de famille est entré dans le dictionnaire de son vivant en 1890, pour désigner un récipient destiné aux ordures ménagères, sans que ce brave serviteur de l’Etat ne s’en offusque.



