La petite histoire des mots
WC

Constatant de longues files d’attente devant les toilettes publiques réservées aux femmes, alors que personne ou presque ne patiente devant celles prévues pour les hommes, la ville de Lausanne a annoncé la semaine dernière son intention de créer des WC publics non genrés. La municipalité prévoit l’installation de cabines individuelles autonettoyantes destinées aux deux sexes, afin d’améliorer l’accès des lieux d’aisance publics aux femmes.
Dans notre langue «WC» est bel est bien un substantif qui désigne les toilettes. Il est toujours utilisé au pluriel et au masculin. On dit «des WC» et non «un WC». Ce terme, emprunté à l’anglais, a été adopté en français au début du XIXe siècle sous sa forme complète «water-closet». Ce mot composé signifie littéralement «cabinet d’eau». Au Royaume-Uni, il désignait les premières toilettes équipées d’une chasse d’eau, une invention dont le premier brevet fut déposé en Angleterre en 1775 par Alexander Cumming, un horloger et mécanicien écossais.
Le dispositif breveté par Alexander Cumming a révolutionné l’hygiène en devenant la première toilette à chasse d’eau moderne. Son innovation majeure consistait à intégrer un tuyau courbé en forme de «S», ou coude, retenant en permanence de l’eau pour bloquer les remontées de gaz nauséabonds provenant des égouts. Ce dispositif, efficace contre les miasmes, a rendu les toilettes d’intérieur viables. Il est aujourd’hui considéré comme le précurseur de la plomberie sanitaire moderne, le concept de siphon étant toujours utilisé dans les équipements sanitaires actuels.
La familière abréviation «W.-C.», quant à elle, s’est popularisée plus tard. Elle a été francisée en «vécés» dans l’immédiat après-guerre, vers 1946. Aujourd’hui, «WC» est toujours compris pour désigner la cuvette ou le lieu d’aisance, bien que le mot «toilettes», au pluriel, soit devenu le standard. Le mot «toilettes» ne désignait à l’origine que le linge étalé sur une table de toilette ou l’action de s’habiller et de se préparer.
Bien que d’origine anglaise, l’abréviation «WC» n’est pas toujours bien comprise à l’oral par les Anglo-Saxons, car jugée totalement désuète. Les Britanniques lui préfèrent les termes «toilet» ou «loo». Les Américains, de leur côté, privilégient les mots «restroom», dans les lieux publics, ou «bathroom», dans un cadre privé.
Les graffitis dans les toilettes publiques sont appelés «latrinalia». Ce terme a été inventé en 1966 par l’universitaire américain Alan Dundes qui a assemblé le mot latin «latrina», qui désignait les lieux d’aisance (d’où le substantif «latrines») au suffixe «-alia», utilisé en latin pour désigner une collection ou un ensemble de choses. Les graffitis dans les toilettes publiques ne datent pas d’hier. Dès l’époque romaine, les usagers des latrines gravaient des messages sur les murs en pierre.
Les écrits y étaient déjà très variés, allant des petites annonces, souvent sexuelles, aux déclarations politiques en passant par les insultes.
Lu récemment dans les WC d’un établissement public lausannois: «Si tu parviens à lire ces petits caractères, alors tu es en train de faire à coté…».



