La petite histoire des mots
Million

Les Suisses ont refusé, à 54,8 %, à l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ». Le mot « million » – on le sait – désigne l’entier naturel valant mille fois mille. Il s’écrit avec un chiffre 1 suivi de six zéros. Bien qu’il nous soit familier, on a du mal à se représenter ce nombre. Un Américain du nom de Jeremy Harper s’est « amusé » à le compter à haute voix, en 2007. Il lui a fallu 89 jours en s’y consacrant 16 heures quotidiennement. Il nous faudrait donc quelque 890 jours pour compter 10 millions.
Dès l’Antiquité, les mathématiciens connaissaient et utilisaient déjà des nombres aussi grands qu’un million. Mais selon les lieux et les époques, ils avaient des méthodes et des mots différents pour les utiliser et les désigner. En Inde, par exemple, dès l’époque védique, un « million » correspondait généralement au terme « Prayuta ». Chaque très grand nombre avait sa propre dénomination précise. Rappelons que ce sont les mathématiciens indiens qui posèrent les bases de notre système décimal moderne avec l’invention du zéro.
Les mathématiciens de l’Egypte antique désignaient les nombres à l’aide de hiéroglyphes : une corde enroulée pour cent ; une fleur de lotus pour mille ; un doigt pointé pour dix mille ; une grenouille ou un têtard pour cent mille et, pour le million, le dieu Hé ou Heh, personnification de l’infini et de l’éternité, levant les mains vers le ciel. Les Egyptiens disaient d’ailleurs « heh » pour un million.
Les Grecs utilisaient le plus souvent les lettres de leur alphabet, ainsi que divers symboles, pour représenter les chiffres et les nombres. Pour dix mille, ils utilisaient la lettre capitale « mi » qui s’écrit comme notre « M » majuscule. Le mot pour dix mille était « myrioi » qui nous a donné le substantif « myriade ». Pour écrire un million, ils surmontaient la lettre « M » de la lettre « rhô », semblable à un « p », qui représentait la valeur 100 et démultipliait par autant cette « myriade ». Pour exprimer un million, ils disaient « cent myriades », « hekatontakis myrioi » en grec.
Les Romains n’avaient pas de mot unique pour dire « million » mais ils utilisaient le plus souvent. l’expression « decies centena milia », qui signifie littéralement « dix fois cent mille ». Pour écrire ce nombre, ils surmontaient un « M », le symbole de mille en chiffres romains (à ne pas confondre avec le « M » grec), d’une barre horizontale, appelée « vinculum », qui multipliait sa valeur par mille. Porté par des marchands italiens, le mot « million » arriva dans la langue française à la fin du XIIIe siècle, sous la forme « millon ». Il venait du terme italien « milione », qui est lui-même issu du latin « mille », combiné avec le suffixe augmentatif « -one, » signifiant littéralement « un grand millier » ou « mille fois mille ».
C’est à cette époque aussi que l’Europe commença à introduire le système décimal, grâce au mathématicien italien Leonardo Finobacci à travers son livre « Liber abaci ». A la fin du XVIe siècle, le savant flamand Simon Stevin formalisa l’usage des fractions décimales et des nombres à virgule avec son ouvrage « La Disme ». Avec ce système, chaque chiffre change de valeur selon sa place : unités, dizaines, centaines, etc. Il a révolutionné et IMMENSÈMENT facilité nos opérations, en suivant des règles simples et mécaniques.
Qu’un million de grâces soient rendues aux Indiens qui l’ont inventé, aux Arabes qui l’ont répandu et à Leonardo Finobacci qui nous l’a apporté !



