La petite histoire des mots
Dôme

Le « dôme de chaleur » fut le grand invité du mois de mai, avec son lot de température élevées, parfois suffocantes, en France et au Royaume-Uni, notamment. Mais la Suisse n’a pas été épargnée, dans de moindres proportions, il est vrai. En météorologie, cette expression désigne un mécanisme provoqué par un anticyclone persistant ou puissant qui produit, sur une région donnée, une sorte couvercle qui comprime l’air chaud au sol et affole les thermomètres.
Cette expression est récente. Elle a commencé à être utilisée par certains météorologues américains dans les années 2010 pour décrire, en anglais, des conditions de chaleur extrêmes, surtout en zone urbaine (City heat dome). Mais il s’agissait alors d’une description imagée et non d’un concept scientifique reconnu. C’est en Juin 2021, lors d’une canicule historique au Canada, qu’elle fut largement médiatisée, en anglais mais aussi en français, puis massivement adoptée dans le jargon météorologique mondial.
Le mot « dôme » apparaît en français au tout début du XVIe siècle, sous la forme « domme », d’abord pour désigner une cathédrale ou une grande église, par emprunt à l’italien « duomo », issu du latin « domus » signifiant « maison ». Historiquement, en Italie, on appelait « Domus Dei » (Maison de Dieu) ces grands édifices religieux. Le terme « duomo » a ainsi fini par désigner l’église principale ou la cathédrale d’une ville, comme à Milan (le Dôme de Milan, dédié à la Vierge Marie) ou à Florence (le Dôme de Florence dédié à Sainte Marie de la Fleur).
Le glissement de sens de dôme (la cathédrale) vers dôme (la coupole architecturale) s’est progressivement opéré par métonymie, par allusion aux grandes coupoles de ces édifices, au cours du siècle suivant. Pour mémoire, la métonymie est une figure de style qui utilise un mot pour exprimer une idée distincte, mais associée. L’ exemple le plus courant de métonymie est « boire un verre » : on ne boit pas le verre, mais bien le contenu du verre.
Notons au passage que le terme « métonymie » nous vient du grec « metônumia » qui signifie « changement de nom ». Ce terme a été introduit dans notre langue en 1502, avec l’orthographe « methonomie », par le rhétoricien et poète Pierre Fabri dans son ouvrage « Le Grand et Vray Art de pleine rhétorique ».
Architecturalement, les Romains n’ont pas inventé le dôme, mais ils en ont révolutionné la technique en introduisant le béton de pouzzolane. Appelé « opus caementicium », ce matériau de construction ultra-résistant était composé d’un mélange de chaux, d’eau, d’agrégats (pierres, tuiles concassées) et surtout de pouzzolane, une roche volcanique naturelle. Leur chef-d’œuvre absolu est le célèbre dôme du Panthéon de Rome, construit au IIe siècle après J.-C., qui reste le plus grand dôme non armé au monde avec 43,3m de diamètre.
Le dôme de la basilique Saint-Pierre à Rome, chef-d’œuvre conçu par Michel-Ange à l’âge de 71 ans, est le symbole emblématique de la chrétienté. Ce colosse de maçonnerie pèse environ 14’000 tonnes et culmine à 133,3m jusqu’au sommet de la croix extérieure. De nos jours, le plus grand dôme au monde est celui du National Stadium de Singapour. Inauguré en 2014, cette coupole géante en treillis d’acier rétractable possède un diamètre impressionnant de 310m et une hauteur de 83m .



