La petite histoire des mots
Eau

Que d’eau, que d’eau ! » Les pluies parfois ininterrompues de ce mois de février ont provoqué des crues, des inondations et des évacuations, parfois massives, en France, mais aussi en Espagne, au Portugal et en Grèce, notamment. Constituant biologique précieux, essentiel, sous sa forme liquide, pour tous les organismes vivants, l’eau peut devenir une source de catastrophes, surtout en plaine et en montagne, lors de brutales et surabondantes précipitations.
Notre mot français « eau » est un héritage du latin « aqua » qui, selon les linguistes, trouve son origine dans la très ancienne racine indo-européenne « akwā », désignant spécifiquement l’eau courante et les cours d’eau. Mais comment est-on passé de « aqua » à « eau » ? Eh bien cela a pris passablement de temps…
En latin classique « aqua » se prononçait « akwa ». Entre le IVe et le Ve siècle, en latin vulgaire, la prononciation se modifia, selon les régions, en « agua » ou en « awa ». Au milieu du Moyen-Âge, en vieux français, le mot subit une nouvelle transformation phonétique. On le prononçait alors « ewe », « euwe » ou encore « eve », d’où l’origine du mot « évier ». Le changement final s’est progressivement opéré entre le XIIe et le XVIIe siècle, avec l’apparition de la forme « eaue » puis la disparition du « e » final pour arriver à la prononciation contemporaine, à savoir « o ».
Le latin « aqua » est cependant encore très présent dans notre langue, avec des mots relativement récents tels que « aquatique », « aquarium », « aquarelle », « aquaculture », « aqueduc », « aquifère » etc. De leur côté, les Grecs anciens désignaient l’eau par le mot « hudôr » (prononcé « hidor » en grec moderne), lui aussi issu d’une ancienne racine indo-européenne qui désignait l’eau sous toute ses formes. Le français moderne l’a largement utilisé pour composer des termes comme « hydraulique », « hydrogène », « hydratation », « hydravion » ou encore « hydrosphère ».
Il est intéressant de noter qu’en grec moderne, si la racine « hudôr » est bien toujours utilisée – comme en français – pour toute une série de termes contemporains, l’eau se dit « néro » … Ce qui surprend passablement de touristes qui ont quelques notions de grec ancien. L’explication est toute bête : en grec médiéval, ou grec byzantin, on disait « niron hudôr » pour « eau fraîche ». Le « hudôr » a fini par disparaitre au profit de « niron » qui s’est transformé en « néro », autrement dit « de la fraîche » !
Pour en revenir à « Que d’eau, que d’eau ! », cette célèbre exclamation est attribuée au maréchal français Patrice de Mac Mahon, alors président de la République, lorsqu’en juin 1875 il constata l’ampleur des inondations dévastatrices de la Garonne à Toulouse. Cette phrase est restée dans le langage courant pour souligner une quantité d’eau excessive.
On doit aussi à Mac Mahon une autre citation célèbre : pendant la guerre de Crimée, après avoir enlevé aux Russes la redoute de Malakoff, à Sébastopol, ses alliés anglais lui avaient suggéré d’abandonner les lieux où des mines risquaient d’exploser à tout moment. Il leur avait alors répondu : « J’y suis, j’y reste ! »


