La petite histoire des mots
Or

Les incertitudes géostratégiques, les craintes des investisseurs et les achats massifs des banques centrales, en Chine notamment, face aux lubies de la Maison Blanche, ont propulsé le prix de l’or, valeur refuge par excellence, à des niveaux records. A l’heure où ces lignes sont écrites, l’once du métal précieux frise les 4000 francs suisses. Pour mémoire, une once d’or pèse exactement 31,1035 grammes.
Le mot français « or » est issu du latin archaïque « ausum », dérivé d’un ancien vocable indo-européen désignant ce qui brille, et notamment les lueurs brillantes de l’aube. « Ausum » est devenu « aurum » en latin classique. Les linguistes appellent « rhotacisme » la transformation d’un son, en l’occurrence le « s », en « r ». Notons au passage que « aurum », en référence à l’aube, a donné, toujours en latin, le mot « aurora », à l’origine de notre « aurore », ce qui souligne l’idée de lumière dorée et brillante au lever du soleil.
Le vocable a ensuite évolué, en latin vulgaire, pour devenir « aur », puis « or » vers le IXe siècle, en roman, l’ancêtre du français. Le mot latin original, nous a cependant légué « aurifère » (qui contient de l’or), aurifique (qui produit de l’or), ainsi que « aureux », un terme scientifique qui définit un composé chimique renfermant de l’or. Le symbole chimique « Au » pour l’or a, quant à lui, été choisi par le savant suédois Jöns Jacob Berzelius, au début du XIXe siècle.
Alors que dans les langues romanes (français, italien, espagnol, portugais) le mot « or » est issu de « aurum », associé à l’aube, les langues germaniques (anglais, allemand, néerlandais, langues scandinaves) ont privilégié le descriptif de la couleur. « Gold » en anglais et en allemand, ou « guld », en danois, trouvent leur origine dans le proto-germanique « gulba » qui veut dire jaune.
En grec, l’or est appelé « khrusós », issu du grec mycénien, parlé au milieu du IIe millénaire avant J.-C, sous la forme « kuruso », emprunté, semble-t-il, à un mot sémitique voulant dire jaune ou brillant. Du grec, le français a hérité, par exemple, des mots « chrysanthème » et « chrysalide », les chenilles en passe de devenir des papillons arborant souvent des taches brillantes.
Mais pourquoi diable l’or est-il si rare est précieux ? Eh bien parce l’or ne s’est pas formé sur Terre. Il provient de la fusion de métaux lourds lors de certains violents phénomènes stellaires, comme des explosions de supernovas ou des collisions cataclysmiques d’étoiles à neutrons. Il a été apporté ici en quantités limitées par des météorites, il y a des milliards d’années. Il se concentre essentiellement dans le noyau de notre planète, beaucoup moins dans sa croute, et il reste difficile à extraire.
Terminons par cette très rude citation de l’écrivain américain Henry Miller, connu pour ses virulentes critiques sociales : « Quand la merde vaudra de l’or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus ! »


