La chronique du petit entrepreneur
Qui va gagner la Coupe du Monde ?
Lucien Meylan est un jeune entrepreneur, habitant de Paudex. Il nous raconte tous les mois, avec humour et poésie, le quotidien d’un « petit entrepreneur » vaudois.

M’a demandé mon copain Baptiste après deux limoncellos (ma fiancée italienne me dirait qu’on dit « limoncelli » puisqu’il y en a deux mais je soupçonne qu’elle ne lise pas cette chronique alors j’y vais à la vaudoise), une myrte et une damassine. Il y a des gens qui boivent de la damassine pour le plaisir ? Parce que dans mon cas, c’était 17h, samedi dernier, il faisait 34 degrés et j’ai cru que j’allais crever au moment de l’impact. Une fondue bressane avec trois bouteilles, une petite bière pour rincer, mon cœur s’est arrêté à l’instant où mes lèvres ont traversé le Jura. Cependant, nous ne sommes pas là pour parler du prix de l’essence, parlons peu, parlons bien, parlons « fôt » !
Déjà, à l’image de mon copain Baptiste dont le petit short bleu marine fusionnait avec ses cuisses depuis maintenant quelques heures, je propose qu’on parle de cette Coupe du Monde uniquement avec un verre dans le nez. Les puristes diraient « ivres morts » mais je souhaite être inclusif aujourd’hui et intégrer les précieux qui regardent un match avec un spritz. Un spritz, devant un match, pardon ? Tu as déjà reçu un spritz sur la gueule lors d’un but, Julie ? Non. Et bien c’est parce que les gens autour de toi ont des valeurs Julie – ils boivent une Heineken. De préférence tiède parce qu’un homme cisgenre entre 30 et 90 ans, il arrête de boire quand « ça compte » et le nectar se réchauffe. Parce que bon… Nouvelle-Zélande - Egypte à 3h du matin, je ne dirais pas qu’on se battait pour une place sur le canapé.
Par contre, quand c’est la Suisse, notre Nati ! Mazette ! Heureusement que Marc avait fini de nettoyer le grill et que le gamin était déjà au lit. Soudain, on se sent citoyen. On est tellement obsédé par la performance sportive, qu’on ne se préoccupe même plus quand nos joueurs reproduisent l’aigle bicéphale en direct à la télé américaine. D’ailleurs, un peu d’histoire : connaissez-vous l’origine de cet emblème albanais ? Il provient directement du blason du seigneur médiéval Gjergj Kastriot Skanderbeg. Au XVe siècle, cet homme a unifié les principautés albanaises et mené une résistance farouche contre l’Empire ottoman. Néanmoins, selon la tradition populaire, les deux têtes de l’animal représentent l’union géographique et culturelle des communautés du Nord (les Guègues) et du Sud (les Toskes). Ainsi, le drapeau du pays est composé du rouge qui illustre le sang versé pour la patrie, et l’aigle qui incarne la liberté et l’héroïsme.
Mes chers compatriotes, à l’heure où je vous écris ces lignes, l’équipe de Suisse est en huitième de finale face à la Colombie. Je suis en pleine incantation chamane devant mon ordinateur. Mais finalement, est-ce qu’on n’aurait pas juste besoin d’un peu de sang versé pour la patrie et d’héroïsme sur ce terrain ? J’espère qu’au moment où vous lirez cette chronique, nous serons en quart de finale de Coupe du Monde. Amen !



