La chronique de Denis Pittet
Quand les éoliennes deviennent réalité

Le sujet commence-t-il à faire du bruit ? Pas impossible. Les réseaux sociaux (encore eux) ont commencé le travail et la presse (comme on dit) le poursuit désormais. Et ce n’est sans aucun doute pas terminé. De quoi s’agit-il ? Des éoliennes du parc « Sur Grati » qui, tranquillement mais sûrement, sont passées d’une réalité virtuelle à la réalité tout court. Le deuxième parc éolien du programme vaudois est donc progressivement sorti de terre (ou plutôt s’est élevé de la terre) et domine désormais la crête du paysage jurassien entre Premier et Vallorbe.
On a vu ces dernières semaines ou derniers mois beaucoup de photos ou de vidéos montrant les éléments des 6 éoliennes traverser les villages pour être amenés vers leurs destinations finales. Des images impressionnantes montrant notamment des pâles gigantesques dépassant souvent le toit des maisons. Aujourd’hui la dernière éolienne est en finalisation de montage et les 5 autres sont là et le moins que l’on puisse dire est qu’on ne risque pas de les rater. Elles sont gigantesques, énormes et moches, ce dernier qualificatif n’engageant que l’auteur de ces lignes. Pour faire court, on les voit de partout et de loin et cette tache sur le paysage interroge. Cent-cinquante mètres de haut et le sommet des pales à 210 (!), tout cela posé à une altitude de 1170 mètres en sommet de crête ne passe pas inaperçu.
Tout en admettant qu’il est évidemment trop tard dans ce cas-ci, les opposants aux éoliennes se régalent ces jours face à l’étonnement ou la surprise et parfois la colère des gens face à cette atteinte au paysage. « On vous avait pourtant prévenus ». Selon 24Heures du 21 août qui cite une étude de visibilité, il avait été prétendu en 2016 que les éoliennes de « Sur Grati » n’auraient qu’un faible impact visuel au-delà de 10 kilomètres. Force est de constater aujourd’hui que c’est totalement faux. Ces éoliennes se voient de très loin. A titre d’exemple, au Mollendruz, ce sont 11 éoliennes qui sont prévues dans un contexte exactement pareil et qui… se verront tout autant. « Paysage Libre Vaud » entend faire campagne notamment contre ce dernier projet tout en préparant le terrain aux initiatives « Pour la protection des forêts » et « Pour la protection des communes » (votation en 2027 ou 2028 mais effet rétroactif en 2024 en cas d’acceptation).
Plus près de nous, un autre projet porté par la Ville de Lausanne – EolJorat Sud – prévoit l’implantation de huit éoliennes aux moins aussi grandes que celles de « Sur Grati ». L’un des paradoxes de ce projet – que ses promoteurs taisent plus que de raison – est que ces éoliennes seront implantées au cœur ou en bordure du parc naturel du Jorat, une zone de protection voulue… par Lausanne ! Ce qui est inquiétant mais hélas certain, c’est que si ces éoliennes voient le jour, elles marqueront et défigureront complètement un coin de nature splendide et préservé. Il vaut la peine d’aller jeter un coup d’œil à ce sujet aux photomontages sur le site des opposants au projet (Eoleresponsable) en espérant que les images soient conformes à la réalité et plus fiables que l’étude de 2016 mentionnée plus haut.
Un des problèmes peu évoqués dans la lutte entre pro et anti éoliennes est celui de la taille de notre région. Notre échelle (Suisse ou celle du Jorat ou celle du Jura) n’a rien à voir avec celle des immensités espagnoles, allemandes (souvent sur la mer) ou danoises. Qu’on le veuille ou non, une éolienne plantée par ici ne sera jamais noyée dans le paysage. Et c’est bien dommage.



