La chronique de Denis Pittet
JO d’hiver 2038, vous n’allez pas le croire…

Hier vendredi 5 février 2038 se sont donc ouverts les Jeux olympiques d’hiver en Suisse. Que de chemin parcouru depuis les décisions graves et importantes du CIO ! La cérémonie d’hier soir a rassemblé la quintessence de ce qui s’est fait et surtout pas fait depuis Milan-Cortina il y a 12 ans, en 2026. Souvenez-vous de ces Jeux : la question alors était de savoir si l’esprit olympique survivrait à la volonté d’éclater les sites de compétition, essentiellement pour des raisons de durabilité… A l’époque, personne n’avait vu venir la vraie et grande révolution que plus rien n’arrêtera désormais. L’expression a été largement utilisée donc on peut la reprendre, mais après la « cassée de gueule » de « Alpes françaises 2030 » (rappelons les bisbilles politiques, les sites à moitié prêts et surtout l’échec complet de faire vivre l’esprit olympique entre le pôle Haute-Savoie et le pôle Niçois), le CIO était condamné à réagir. En réalité, 2034 et Salt Lake City ont légèrement calmé les esprits, les compétitions étant à nouveau réunies amenant tout le monde à faire semblant de croire que tout allait au mieux dans le meilleur des mondes olympiques. L’Histoire reculait pour mieux sauter.
Puis est venu l’hiver 2035 et tout a basculé. Les deux mètres de neige tombés en tout et pour tout entre novembre et décembre dans la totalité des Alpes, suivis de cette hallucinante vague de chaud et de pluies diluviennes ont donné le coup de pouce décisif à la révolution technologique qui couvait chez les scientifiques et, pour en venir à aujourd’hui, dans les laboratoires de l’EPFL, de l’EPFZ, de Red Bull, d’Apple, de Google, de Swatch Group et de Swiss Timing, pour ne citer qu’eux. Dans ce tourbillon alimenté il est vrai par un vent de panique, le CIO a donc donné sa bénédiction en avril 2036 pour le « Grand Virage » et pour les premiers Jeux 50 % virtuels (le CIO a toujours bien aimé la parité…).
La Suisse a donc l’honneur d’accueillir ces Jeux totalement nouveaux et a su s’adapter en un temps record. La cérémonie d’ouverture d’hier soir en est la preuve : pour 1 franc symbolique, 3 milliards de personnes ont suivi le show virtuel censé se dérouler à Lausanne, où, durant une heure montre en main (nouveau format) on a pu voir un lancer de drapeau, entendre l’hymne olympique et admirer sur 10 fenêtres en même temps le défilé de toutes les délégations. Quel rythme !
Le choix a fait couler beaucoup d’encre mais ce matin c’est bien une descente masculine virtuelle à laquelle nous allons assister. Chaque nation a pu créer ses coureurs selon le règlement du CIO (1000 paramètres aux choix !), avec rappelons-le – et c’est ce qui fera la différence – la possibilité de changer fartage jusqu’à dix minutes avant le départ. On sera à Crans-Montana plus vrai que nature, mais on n’y sera pas. La météo choisie a été celle du 22 février 2026 (clin d’œil). Un spectacle grandiose nous attend. Rappelons que le bob, le curling et le patinage seront virtuels durant ces Jeux de 2038, mais que personne n’y verra rien et ne s’en rendra compte. Ce sera plus vrai que nature, comme les splendides images TV, les gros plans, les drones, les immersions et les milliers d’infos délivrées de manière magistrale aux JO de Milan-Cortina en 2026 déjà.


