Exposition – Connivence et confrontation : Rodin et Rilke
A la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny, jusqu’au 22 novembre

La Fondation Gianadda présente une exposition originale, mettant en présence un sculpteur au faîte de sa gloire et un jeune poète austro-hongrois alors peu connu. Leur rencontre s’est faite en 1902. Leur relation d’amitié durera jusqu’en 1911, date à laquelle Rodin provoquera la rupture. Dès 1903, Rainer Maria Rilke, éperdu d’admiration pour l’auteur du Penseur et du Baiser, allait écrire un ouvrage majeur sur l’artiste français. Des extraits de celui-ci et d’autres textes du poète figurent donc sur de grands panneaux dans l’exposition.
Mais l’essentiel de celle-ci est constituée de plâtres, précédant le coulage dans le bronze, d’œuvres majeures d’Auguste Rodin, qui a renouvelé la sculpture dès la fin du XIXe siècle. C’est donc l’occasion de (re) découvrir en très grand format l’œuvre emblématique qui allait assurer dès 1903 sa célébrité. C’est la pensée incarnée dans un corps. On notera le contraste entre les corps musculeux des figures masculines respirant la force, et le poli tout en rondeurs des nus féminins représentés dans une pose indolente, non absente de sensualité et d’érotisme. Une vision très virile que Rodin appliquera malheureusement aussi à sa maîtresse et collaboratrice, la sculptrice Camille Claudel. On va retrouver aussi, dans les jardins de la fondation, l’œuvre audacieuse représentant Victor Hugo nu, sans vêtements, marquant ainsi le caractère intemporel de ce géant de la littérature au XIXe siècle. On admirera les corps enlacés dans le célèbrissime Baiser. Même thématique dans L’Aurore et la Luxure, où les corps semblent se fondre en un. Certaines œuvres ont été inspirées par le grand poète italien Dante, comme La Porte de l’Enfer, d’autres par Baudelaire. Moins connus, ses bustes, dont celui de Clémenceau, « le Tigre » qui a conduit les armées françaises à la victoire de 1918. Rodin s’est aussi intéressé à la vie autonome de fragments du corps humain, surtout les mains, si expressives ! Enfin on ne négligera pas ses dessins préparatoires, faits à traits rapides et comme flottants dans l’air. Ainsi des danseuses khmers, dont Rodin avait pu observer et admirer la gestuelle lots de la visite du roi du Cambodge à Paris.
Bref, voilà donc une exposition qui conjugue le regard acéré de Rilke, son verbe poétique, et les puissantes créations de Rodin.


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© musée Rodin – photo Hervé Lewandowski

© musée Rodin – photo Cristian Baraja

© agence photographique du musée Rodin – Jerome Manoukian


