Cinéma – Le Golden globisé «Hamnet» de Chloé Zhao est encore à l’affiche
Sorti il y a un mois dans les salles suisses, « Hamnet » de Chloé Zhao restera à l’affiche du cinéma City Club de Pully tout le mois de mars. Lors de la remise des oscars du 16 mars prochain, le film concourra dans huit catégories.

Ce qui frappe avec « Hamnet », c’est d’abord son rythme : en un bref plan est introduit le personnage d’Agnès (Jessie Buckley). Fille d’une femme qu’on appelait la sorcière, elle entretient un lien quasiment mystique à la forêt avoisinant le village. Elle rencontre William (Paul Mescal), qui l’embrasse avant-même qu’ils se soient dit leurs noms. Quelques séquences plus tard, les voilà marié.e.s avec trois enfants. Quarante-cinq minutes se sont écoulées, et chaque étape de leur évolution a été brièvement décrite comme si Zhao avait voulu faire un sommaire. Cette rapidité de narration qui prend le temps d’énoncer chaque fait, mais au pas de course, donne un étrange sentiment de durée. En même temps, elle crée du suspense en soulignant que l’enjeu du film n’est pas cette rencontre. On attend donc ce qui sera suffisamment digne d’intérêt pour que le film accepte de prendre le temps de le raconter, et voilà qu’elle arrive : la peste bubonique. Elle apparaît à l’image pour la première fois en même temps que Londres, lieu où depuis quelques séquences déjà le père de famille vit à temps partiel pour travailler dans le théâtre. Elle apparait ensuite sur le corps de Judith, la fille de William et d’Agnès, et se propage sur le corps de son jumeau Hamnet. La mort frappe, un enfant disparait : le cœur du récit est là et il ne reste plus que quarante-cinq minutes – sur les deux heures que durent le récit – pour le déployer. Cette dernière partie amène alors tout ce que le film a omis de dire jusqu’ici : William n’est autre que William Shakespeare, et tout ce qui vient de défiler sous nos yeux aurait inspiré son fameux « être ou ne pas être, telle est la question ».
Des interprètes inégaux·ales
Si le film souffre de cette étrange répartition du temps du récit, il est néanmoins porté par l’excellente performance de Jessie Buckley, au visage tantôt calme, tantôt espiègle, jusqu’à ce qu’il se crispe et se déforme au fil des douleurs physiques ou psychiques traversées. Par opposition, Paul Mescal apparait comme une sorte de cool kid assez peu crédible, tout droit sorti du vingt-et-unième siècle, qui surjoue beaucoup, sauf quand il performe dans sa propre pièce. Cette bizarre discontinuité dans le jeu, qui n’est probablement pas le fruit du hasard, laisse penser qu’il joue sa vie au théâtre, et qu’il joue au théâtre dans la vie, ce qui se révèle plus ou moins vrai en fin de course.
La mort à l’œuvre de l’image
« Hamnet » bénéficie par ailleurs d’une photographie saisissante, signée Łukasz Żal. Un peu à la manière de son travail précédent sur le film « La Zone d’intérêt » (Jonathan Glazer, 2023), des plans larges en plongée hantent le film. Cet angle singulier, qui évoque celui des caméras de surveillance, interpelle dès les premières minutes du film. Il crée des tableaux saisissants mais énigmatiques, jusqu’à ce que le jeune Hamnet, par un regard caméra, souligne que la mort les regarde. Ce cadrage est ainsi dicté par une représentation de la mort à l’œuvre, qui donne le ton d’un mysticisme saisissant dans « Hamnet », malheureusement pas assez affirmé. De la même manière que l’image fait s’alterner singularités fascinantes et plans plus classiques, la bande originale de Max Richter semble hésiter. Parfois très alignée à l’ambiance mystérieuse de la forêt, la musique retombe ensuite dans son titre hyper galvaudé « On the Nature of Daylight ». Dans « Hamnet », on voit donc les traces d’un beau film plein d’une personnalité qui s’est peut-être fait un peu amenuisée par l’ampleur du projet.
«Hamnet» de Chloé Zhao
Fiction, Royaume-Uni / Etats-Unis, 2025, 2h06
VO anglais, sous-titrée français, 12/12
A voir au cinéma City Club de Pully en février et en mars

Un nouvel opus primé pour Chloé Zhaoe
Chloé Zhao grandit à Pékin, avant de partir pour Londres pour étudier les sciences politiques, puis le cinéma à New York. Depuis une décennie, ses films remportent des récompenses partout où ils passent, à l’instar de Les chansons que mes frères m’ont apprises (Festival de Sundance et de Cannes 2015), The Rider (2017) et Nomadland primé à la Mostra de Venise, aux Golden Globe et aux Oscars 2021.
Quatre ans plus tard, elle réalise «Hamnet», adapté du roman du même nom de Maggie O’Farrell, qui co-signe
le scénario du film. Le long-métrage, comme le livre, suit la vie familiale de William Shakespeare, qui aurait inspiré son célèbre «Hamlet». Il a été produit par Sam Mendes et Steven Spielberg.


