C’est à lire
Un beau roman plein d’humanité de Laurence Voïta

Nous avions beaucoup aimé le récit historique de cette auteure, La Cingolaise, portant sur la vie d’une habitante de Saint-Gingolph qui, au XVIIIe siècle, s’était fait passer pour un homme afin d’aller combattre comme mercenaire en Espagne, où elle fut tuée devant Cadix. Elle bravait ainsi tous les tabous de son époque. Le dernier roman de Laurence Voïta, La belle affaire !, est lui aussi attachant, mais pour des raisons toutes différentes. La trame en est simple. Paul, un homme assez fortuné, à la personnalité complexe, a fait le pari de rénover de fond en comble l’hôtel familial, Les Bouquetins, et de le transformer en établissement de luxe. Pour cela, il a fait appel à un architecte très coté (un peu hâbleur et surtout manipulateur), Gentile Maurer. Or les anciens copains d’école de Paul, qui ont tous aussi dans la soixantaine, sont très dubitatifs face à cette entreprise. L’intérêt majeur du livre réside donc dans l’évocation de personnages tous crédibles, et dans leurs rapports psychologiques. Les lectrices et lecteurs de Laurence Voïta en retrouveront quelques-uns, déjà apparus dans ses précédents romans policiers. Mais nul besoin de les avoir lus pour comprendre ce livre. Au début, il faut simplement être un peu attentif, vu le nombre des personnages ! Il y a Bruno, l’inspecteur de police qui vient de prendre sa retraite avec un peu de nostalgie. Il y a José, son ami aveugle, dont le comportement oscille entre le cynisme et une perception particulièrement développée des êtres humains. Il y a Elisabeth, la future cuisinière paraplégique de l’hôtel, et son ami Gregory, un peu agressif au début, qui devient de plus en plus sympathique en cours de lecture. Il y a Sophie, ancienne collègue de Bruno dans la police, et amoureuse de Zoran. Ce dernier est partagé entre sa fille Rosa (elle a été précédemment victime d’un enlèvement avec séquestration qui l’a profondément marquée), sa patrie balkanique d’origine et la Suisse. Et j’en passe ! On les découvrira dans le roman, avec leurs qualités et leurs défauts, ainsi que les liens qui les unissent. Je le répète, plus que « l’histoire » elle-même, assez simple mais avec des rebondissements inattendus, ce sont leurs relations, évoquées avec un sens aigu de la psychologie, qui sont intéressantes. Parfois, ces personnages semblent évoluer sur une scène de théâtre. Ce qui n’est pas étonnant car l’écrivaine est aussi auteure dramatique.
Par ailleurs, on appréciera les rapports étroits que Laurence Voïta entretient manifestement avec la nature, surtout avec les majestueux sapins de la forêt qui jouxte l’hôtel en reconstruction. Même si on reste un peu dubitatif face aux courts chapitres intermédiaires en italiques, qui font parler les arbres entre eux… Ceux-ci, comme d’ailleurs les plantes et les fleurs, mais aussi le lac Léman, contribuent à l’attrait de ce livre, qui se déroule dans une région non identifiable, mais qui se situe (en partie en tout cas) dans les Préalpes vaudoises. La vie, l’amour, la tendresse conjugale, l’amitié, parfois la haine, et la mort – à travers la belle figure de Mathilde, l’amie très âgée de José – sont aussi présents dans ce roman. C’est un livre qui nous aide à comprendre les autres et qui nous réconcilie avec nos semblables.


