Votations du 18 mai – Le salaire minimum, la mort d’une économie à petit feu

par Antonio Costa | Que de votations le 18 mai: Gripen, Lavaux, marche blanche, soins médicaux, salaire minimum. Ce dimanche, les citoyens suisses sont appelés aux urnes pour se prononcer sur beaucoup d’initiatives.

Le salaire minimum, c’est important. Tout le monde devrait gagner au moins 4000 francs, cela va de soi. La qualité de travail que les entreprises et les travailleurs établis en Suisse fournissent n’est pas sujet à discussion. Nous formons et faisons bien les choses chez nous. Les entreprises étrangères le savent et prennent exemple sur la Suisse depuis fort longtemps.
Certains groupes et corps de métiers ont déjà le salaire minimum grâce à des conventions collectives étudiées et mises en application grâce notamment à des syndicats.
Mais nous avons aussi partout en Suisse, des employés, des familles qui ont des enfants, qui travaillent à plein temps et n’arrivent malheureusement pas à joindre les deux bouts, qui font appel à l’Etat et notamment à l’aide sociale. Situation inadmissible qui mérite qu’on s’y attarde. Alors oui, donnons à tout le monde 4000 francs de salaire minimum et diminuons donc la facture sociale du pays… Mais l’initiative sur le salaire minimum est uniforme et surtout dangereuse. Avec des effets lents dont on ne verra les séquelles que quelques années plus tard, et comme à notre habitude on cherchera par la suite un nouveau coupable pour la situation au lieu de trouver des solutions.
Les conventions collectives sont aujourd’hui la solution que nous devrions continuer à préserver. Corps de métier, lieux, elles tiennent compte des réalités diverses et locales.
Les entreprises, dont par exemple le secteur industriel, risquent bien de délocaliser leur production à l’étranger. Pourquoi payer des employés à 22 francs de l’heure alors qu’à l’étranger on peut produire la même chose pour moins de la moitié du tarif avec des qualifications identiques. Dans la branche agricole, rares sont les maraîchers, et on peut les compter sur les doigts de la main, qui pourront se permettre d’adapter ce salaire à leurs employés. Quelles solutions leur resteront-ils ? Produire moins de produits locaux par manque de main-d’œuvre à des tarifs décents et en importer plus. Dans la restauration, les restaurateurs vont-ils pouvoir assurer à tous leurs employés ce salaire minimum alors que leurs chiffres d’affaires n’est lui pas uniforme tout au long de l’année?
Cette initiative qui à la base était partie d’un bon fondement risque de nous revenir sur la figure. Les entreprises, les maraîchers, les restaurateurs et bien d’autres n’auront qu’une solution pour pouvoir assurer le salaire minimum et la survie de leurs sociétés: le licenciement, et uniquement cela. Le calcul est simple et fatal. Si on délocalise, si on licencie une partie de son personnel pour être dans les normes et assurer la continuité de l’entreprise, il va sans dire que les perdants qui se retrouveront au chômage seront toujours les employés. Ces employés auront bien du mal à retrouver un emploi alors que les vannes salariales des entreprises seront fermées. Et où iront nos citoyens en fin de droit de prestations de chômage, qui ont des familles ? Devront-ils se reformer et être en compétition avec des jeunes sortis de formation et qui auront les mêmes prétentions de salaire qu’eux ? Ou finiront-ils sous la coupole des aides sociales dont on aura vanté les bienfaits, la diminution de cette charge nationale grâce au salaire minimum légal ?
Ne serait-il pas mieux de continuer à instaurer les salaires minimums par le biais de conventions collectives ? Ne serait-il pas plus judicieux de trouver des mesures de politique sociale ciblées et adaptées pour nos travailleurs qui sont aujourd’hui en condition de précarité ? Les réponses vous les trouverez au fond de vous-mêmes et seront à remettre jusqu’à ce 18 mai dans les urnes.