CinéDoc « Favela Olimpica » – Pourquoi quitter sa maison, son jardin ?

«Favela Olímpica», un documentaire de Samuel Chalard 

Colette Ramsauer  |  Pendant les années qui précédèrent les Jeux olympiques de Rio de 2016, nos médias relataient ponctuellement les manifestations de Brésiliens revendiquant leurs droits alors que des travaux pharaoniques étaient entrepris pour la gloire du sport et au mépris de certains. «Favela Olímpica», documentaire de Samuel Chalard, raconte la lutte d’une communauté de cariocas décidés à se battre. Le film, présenté au festival de Locarno 2017 dans le cadre de la Semaine de la critique dédiée au documentaire, était reçu avec l’ovation du public.

Ôte-toi de là que je m’y mette!

Alors que la magie du drone donne une idée claire de la situation géographique de la favela Vila Autódromo à Rio dei Janeiro, le réalisateur Samuel Chalard, caméra au poing, suit l’évolution des événements vécus par ses habitants à qui les autorités de la ville contraignent de quitter leur domicile. Le tournage débute deux ans avant l’ouverture des Jeux avec la rencontre d’un responsable de la communauté, Delmo De Oliveira: «C’est le meilleur endroit pour vivre, pourquoi quitter sa maison, son jardin, on y est heureux, ici pas de criminalité». La favela s’est constituée légalement il y a 50 ans, mais les lois obéissant à des priorités sans scrupules, sont bafouées. Située à l’ouest de la ville sur la lagune de Jacarépagua où fleurissent grenadiers et manguiers, desservie par un transport public, la favela est convoitée pour la construction d’infrastructures des Jeux et des projets immobiliers tels que des appartements de luxe.

Gentilés au front

Ce plan urbanistique prêt à nourrir les promoteurs est entravé par une partie des gentilés résistant entre pelleteuses de démolition et gravats. Le maire de Rio s’impatiente. Ils ne répondent pas à son offre de quitter les lieux pour des appartements neufs, même en échange d’une importante somme d’argent. Face aux intimidations, Penha, Altair, Luis, Jane, Franscisco et d’autres se battront jusqu’au bout: «On en veut pas, notre communauté a ici son histoire». Une alternative satisfaisante concernant une quarantaine de ménages mettra fin aux revendications. Seule une habitation, la maison de Delmo De Oliveira, échappera à la démolition. Parfait symbole de résistance.

«Favela Olímpica» un film menant à une réflexion sur l’organisation des JO et les injustices qui en découlent. Hier Sotchi, Rio, demain d’autres villes.  Quand cela s’arrêtera-t-il?