Pas de violence, c’est les vacances

Dernière chronique avant une petite pause estivale qui me semble bien méritée. Peut-être cependant ne l’est-elle pas autant que celle que pourraient prendre, s’ils en avaient le loisir, tous ces acteurs internationaux que j’ai observés ces derniers mois, tous ces belligérants, militants, combattants passés entre les lignes du Courrier, dont j’ai commenté, un peu, les actions et décisions souvent vitales (pour eux) et toujours déterminantes. Mais voilà: les gens en guerre ne partent pas en vacances, surtout ceux qui résistent ou se rebellent. On doute de voir les insurgés ukrainiens soudainement abandonner leurs check-points et partir dans leur datcha (petite maison) à la campagne. De même pour les troupes de l’Etat islamique en Irak qui ne doivent pas avoir beaucoup de congés en cette période de conquête. Sans même parler de la Syrie; pourtant les plages au sud de la Turquie ne sont pas très éloignées du cœur des combats. Cela serait drôle cela dit, un peu cynique aussi, mais, on le sait, la politique n’est pas une affaire de saison.
Pour les Etats attaqués ou menant une opération antiterroriste, l’équation diffère quelque peu: on a un peu l’impression quand même, mais c’est une idée personnelle, que beaucoup essaient de régler les problèmes avant l’été… Comme si leurs responsables voulaient pouvoir partir tranquille. En Ukraine par exemple, en ce moment, les missiles pleuvent; l’un des bastions des insurgés vient d’être repris. Au Yémen aussi, les militaires se démènent et réagissent (enfin) avec force. Israël augmente la pression sur les Palestiniens. En Afghanistan on a voté. Tout serait tellement mieux si, entre le 15 juillet et le 15 août, les affaires du monde fonctionnaient au ralenti. L’Agence de la Sécurité nationale américaine, la NSA, qui espionne nos e-mails et nos téléphones, aurait un peu moins à suivre et pourrait donc, espérons, se concentrer sur les vraies priorités.
D’une certaine manière à vrai dire, c’est déjà calme par chez nous au cœur de l’été: nos chefs d’Etat parviennent même à prendre quelques jours off. Avec de notables exceptions quand même. En 2008, à partir du 8 août, il a fallu faire face à la Russie qui avançait ses chars en Géorgie. En 1990, c’est début août également que l’Irak a envahi le Koweït et déclenché la première guerre du Golfe, dévastatrice pour la région jusqu’à nos jours. Par chance, ce genre d’événements majeurs ne survient pas tous les étés. Par le passé, c’était moins rare et plus grave. En août 1945 au Japon, deux bombes atomiques explosent les 6 et 9 août. Rien ne peut être comparé cependant à l’été 1914, aux déclarations de guerre des 1er et 3 août, dont on commémore le centenaire… Mais bon, au-delà des statistiques et des coïncidences, évitons la fausse prospective. Moi, je vais à la mer.

Laurent Vinatier