Minisérie – « Merci de ne pas toucher »

Mini-série documentaire de 10 x 4 minutes de Cécilia de Arce

Colette Ramsauer | Sur la plate-forme Arte, une série web destinée aux adultes dévoile avec originalité et audace l’étonnante iconographie de quelques chefs-d’œuvre picturaux. Des tableaux de la peinture classique européenne du Titien à Vélasquez, et un détour vers L’Origine du Monde de Gustave Courbet et Olympia d’Edouart Manet. A visionner dans le désordre.

La Vénus au miroir de Vélasquez : bien plus inclusive qu’elle en a l’air

Appelons un chat un chat

Avec l’autrice et interprète Hortense Belhôte, le quotidien devient un musée laissant le passé s’exprimer à travers les humains d’aujourd’hui. Ainsi, elle nous reçoit sur un terrain de foot pour parler de l’Olympia de Manet, sur un marché de fruits et légumes pour expliquer Le péché originel de Michel Ange ou encore dans une laverie pour présenter Hercule et Omphale de Rubens. Prof atypique en histoire de l’art, elle analyse ces chefs-d’oeuvre avec audace et passablement d’humour, retraçant leur parcours puis dévoilant l’érotisme caché ou abstrait pas nécessairement visible à nos yeux. Il est vrai que face à l’ambiguïté de certaines scènes, les sous-entendus demeurent. Le sourire en coin d’un guide de musée nous renvoie-t-il pas souvent à nos propres réflexions?

Sauver l’art ou la morale

L’art ici s’exprime apparemment dans le risque et non dans le confort, l’intérêt de la plupart des thèmes choisis résidant en une réflexion sur l’inversion des genres, masculin et féminin. L’exemple le plus frappant est ce qui ressort de la Vénus au miroir de Vélasquez lorsque Aphrodite se retrouve… mâle et noire ! Une autre œuvre, Le péché originel de Michel Ange parmi les fresques du plafond de la Chapelle Sixtine, restaurées dans les années 80. Depuis, les anatomies, à posteriori partiellement recouvertes par la censure pontificale les jugeant obscènes, éclatent au grand jour, ouvrant le débat de faut-il sauver l’œuvre originale ou l’œuvre du temps. Pour la présentation du dernier tableau, l’historienne de l’art frise le blasphème en prenant le risque de nous emmener dans un cimetière, endroit de rencontre d’homosexuels. Son interprétation n’engage qu’elle lorsque, évoquant la vie et la mort des Saints, elle nous parle du martyre de St Sébastien peint par Le Pérugin (1448-1523) et n’hésite pas dans son analyse, à la comparaison du corps du saint – demi-nu, posé en léger contra-posto – avec celui d’un habitué du lieu. La jeune femme n’a vraiment pas froid aux yeux !

L’incrédulité de St Thomas du Caravage : le potentiel des clairs-obscurs

« Merci de ne pas toucher » France 2021Série en 10 épisodes de 4 min

Disponible sur Arte destinée aux adultes – réalisation de Cécilia de Arce avec Hortense Belhôte, autrice, interprète