L’histoire de nos villages

Claude Cantini

Les Cullayes
Vers la fin du XIVe siècle, le village, après avoir fait partie de la seigneurie de Vulliens, passe avec Carrouge et Mézières sous les de Blonay, en tant que dote. Il formera par la suite une coseigneurie jusqu’en 1804; le dernier seigneur en sera un de Diesbach. Avec Mézières et Carrouge, les litiges seront fréquents sur les thèmes de droits de pâture et de «bochéage» (coupe de bois) restés indivis; une transaction aura lieu en 1802.
En 1714, les registres parlent d’«Honorable Commune» et d’un «Gouverneur» (terme d’époque pour syndic).
L’existence d’un régent est attestée dès 1748, soit bien avant la construction d’un bâtiment public à usage multiple en 1772: chapelle, maison de commune et logement de fonction. Un collège sera inauguré en 1875.
Le recensement architectural de 1997 signale une ferme de 1706 aux Moures, une maison paysanne de 1682 à Vers-chez-les-Liard et sept autres maisons du XVIIIe siècle. La Maison Jaton est probablement du XVIIe. Le «local du feu» de 1842 environ a été utilisé dans le temps comme «passade», soit un gite gratuit d’une nuit pour les chemineaux. L’existence encore, dans les années 1930, d’un moulin en activité au bord de la Bressonne est signalée dans l’œuvre autobiographique parue en 1986 de l’enfant des Cullayes, Marie-Louise Trepey, née Lavanchy.

Puidoux
Une nécropole en Pierraz et un édifice romain à Toloveau ont été mis au jour, respectivement en 1760 et 1807.
Les habitants de Puidoux étaient, comme d’autres, des sujets de l’Evêque de Lausanne: un Château, dit «de l’Evêque», a existé en Pierraz depuis le XIIe siècle et ses ruines ont été entièrement utilisées pour d’autres constructions avant 1770.
Au moment du partage de la Grande Commune ou Paroisse de Saint-Saphorin en 1811, le territoire comprenait, dans les hameaux, toute une série de bourgeoisies locales qui, surtout dès 1798, prirent la forme de petites communes autonomes. Or toutes «voulaient tirer de la bourse paroissiale de quoi suffire aux dépenses» (Dictionnaire Mottaz), ce qui ne pouvait que provoquer des dissentiments entre les municipalités. Le partage s’imposa donc. Les petites communes de Puidoux, Publoz et Cremières, manifestèrent le désir d’être réunies et formèrent ainsi une seule commune.
La commune de Puidoux occupe 2193 hectares (sur les 2482 de l’ancienne commune générale) dont environ 80 hectares à vignes. Même si Chexbres et Saint-Saphorin connaissent encore quelques champs et quelques bois, Puidoux représente parfaitement le lien historique entre le plateau agricole du Jorat et la pente viticole de Lavaux.
Parmi les maisons paysannes mentionnées dans le recensement architectural de 2004, 11 sont d’avant 1730 (au Goay, à Publoz, au Village et à la Miliquette); 9 ont été construites entre 1780 et 1798 (à la Grangettaz, au Crêt-à-Paux, à la Majudaz, aux Carboles, à la Nachonne, aux Goay, au Crêt Gillard, Vers-la-Chapelle et à la Loche); 19 autres enfin sont du XIXe siècle, entre 1805 et 1849; celle de 1822, aux Ancelles, comprend un rural de 1722.
Sur le plan religieux, une chapelle reconstruite en 1394 était desservie par le curé de Saint-Saphorin. C’est seulement à partir de 1734 que Puidoux fera partie de la paroisse de Chexbres.
L’école du village utilisait une grange depuis 1735. Dès 1814, elle avait lieu dans la nouvelle maison de commune. Le collège fut inauguré en 1848.
Dans la partie lacustre de la commune deux bâtiments méritent d’être mentionnés: la Tour de Marsens, simple tour de garde, a été probablement construite vers 1160 par l’évêque de Lausanne, Landri de Durnes. Son nom se réfère au vignoble adjacent possédé autrefois par l’abbaye fribourgeoise d’Humilimont, près de Marsens. La Chapelle du Dézaley a été, elle, construite progressivement aux XIVe et XVe siècles par les moines de Montheron (qui avaient défriché et cultivé le clos) pour qu’ils puissent «faire leurs dévotions lorsqu’ils venaient surveiller les vendanges et recueillir la part de récolte revenant à leur couvent» (Eric Muller). Le clos est propriété de la Ville de Lausanne grâce à l’attribution bernoise de 1536. Restaurée en 1912, la chapelle est aujourd’hui classée après une réfection totale.
N’oublions pas l’ensemble bucolique du Mont-Chesau qu’Eric Muller considère comme «une gemme merveilleuse». Les 16 hectares du «Pra Chesau» (dénomination d’époque) sont affermés à la Société d’alpage depuis 1810. Au chalet rustique du début, il sera ajouté un deuxième bâtiment en 1853 et même un troisième en 1904. La buvette a été ouverte en 1903 et s’appelait alors «Café des Sapins» car on avait planté sur place des épicéas pour commémorer le centenaire de l’Indépendance vaudoise.