L’histoire de nos villages

Claude Cantini |

Maracon
Une ancienne carte du bailliage d’Oron indique l’existence d’un monument mégalithique (dolmen) aujourd’hui disparu. Il est décrit ainsi : « Trois pierres avec une sur les deux. » Les Romains y ont aussi laissé des traces.
Une reconnaissance féodale de 1287 nous apprend que les hommes de Maracon sont taillables et attachés à la glèbe pour le bien-être du seigneur du Pont (Fribourg) et ses descendants. Presque soixante ans plus tard, en 1344, Maracon se trouve partagé entre deux coseigneurs: les de Billens (seigneurs de Palézieux) et les Champion (seigneurs de Cheseaux); tous les droits que l’on doit à ces derniers seront vendus à LL.EE. de Berne en 1547.
Maracon, dont le temple de 1822 est classé, faisait partie avant la Réforme de la paroisse d’Attalens. (La Réforme a provoqué de nombreux troubles sur place.) Par la suite et jusqu’en 1838, la commune dépendra de la paroisse de Châtillens, puis de Palézieux.
Jusqu’en 1648, les enfants seront scolarisés à l’école commune à Oron, Châtillens et Palézieux ; dès 1664, ils se rendront à Ecoteaux.
Une maison de commune avec école est indiquée dans le plan de 1809, des modifications auront lieu en 1846 et 1893.
Le château a cessé d’exister après l’incendie de 1735. Une maison paysanne de 1643, au Village, a fonctionné comme auberge. Quatre autres (aux Brets, à La Croix, En Otorins et au Praz-Derrey) sont du XVIIIe siècle et la dernière est classée car elle comporte un poêle en molasse de 1800. Deux greniers datent de 1810 et 1837. Au Raffort, un bâtiment de 1824, ancienne fromagerie, a probablement aussi été occupé comme forge. Une ancienne scierie avec battoir à grains se trouve au Riau.
Le cimetière, ouvert en 1809, est situé sur l’emplacement d’une ancienne chapelle.
N’oublions pas de signaler le crime qui a secoué toute la région: deux jeunes filles assassinées le 19 juin 1949. (Le crime reste non élucidé…)
La commune voisine de La Rogivue a fusionné avec Maracon en 2003. Après une brève séparation au XVIe siècle, époque de la Réforme, La Rogivue a formé jusqu’en 1771 une seule commune de 140 habitants avec La Rougève, fribourgeoise donc catholique, qui a fusionné avec Semsales en 1968. Une seule laiterie a cependant continué à fonctionner jusqu’en 1838. De même pour les marais, dont la tourbe était vendue jusqu’à Vevey, ainsi que pour les pâturages qui restèrent indivis jusqu’à la séparation complète.
Un bâtiment de 1841 a été utilisé comme maison de commune, école et fromagerie. Un four à pain date de 1855 et une fontaine couverte de 1860.

Saint-Saphorin
Le pasteur Paquier définit le Moyen-Âge
comme « une nuit de cinq siècles ». En effet, après la période romaine, ce n’est qu’en 1138 que Saint-Saphorin sera nommé dans une donation en faveur des moines cisterciens de Hauterive (Fribourg) ; il s’agit probablement des Faverges. Des seigneurs précèdent l’évêque de Lausanne : les de Saint-Saphorin, les de Rogivue, les d’Oron et les de Palézieux. Les sujets de l’évêché continueront bien entendu à être taillables mais avec miséricorde. Le territoire épiscopal est censé être défendu par le château de Glérolles (mentionné en 1270 déjà) qui restera propriété de l’évêque jusqu’en 1536.
Vers 1276 a lieu le passage tout relatif de paroisse à commune, puisqu’on parle de « communauté des hommes probes ». De plus, naissent les confréries, la première des deux depuis le XIIIe siècle également.
La culture de la vigne est connue depuis l’époque romaine, mais son véritable essor ne commence qu’à partir du XIIe siècle.
L’épidémie de peste fera des ravages en 1348-49 et pendant la seconde moitié du XVIe siècle. Un hospice privé est ouvert en 1462 ; il passera sous la responsabilité publique en 1482 et fonctionnera comme tel pendant trois siècles. Pour vêtir les pauvres, la Commune s’engage dans la fabrication d’un drap grossier appelé « tredaine », à distribuer parmi les indigents locaux.
L’arrivée des Bernois en 1536 provoque une résistance unique et payante, qui empêchera la destruction envisagée des vitraux du chœur de l’église. En 1734, la paroisse ecclésiastique est partagée en deux, Chexbres ayant la sienne. En 1811, c’est la Grande Commune qui subit un partage: Puidoux, Chexbres et Rivaz deviendront autonomes.
Le collège de 1579 a été reconstruit en 1729. L’église gothique de 1520 (avec la cure) a été édifiée sur un premier lieu de culte médiéval qui date de l’an 600 environ, lui-même érigé sur un édifice gallo-romain du Ier siècle. La « Pierre à Sabot » de 1812 rappelle les recommandations sur la conduite de véhicules dans les chemins pentus si fréquents à Saint-Saphorin. La maison de Gruffy date de 1300 environ. L’Auberge de l’Onde présente une enseigne de 1750. La chapelle de la Lignière enfin n’est que de 1949.
Le domaine viticole d’Ogoz, dont la vigne a été plantée par les moines de l’Abbaye de la vallée de Joux, et par la suite exploitée par ceux d’Humilimont (Fribourg), comportait une chapelle qui sera détruite par la foudre en 1830.
Le château de Glérolles, propriété de l’Evêché de Lausanne, remonte à la fin du XIIe siècle. Il a logiquement donné refuge en 1536 au dernier prince-évêque, Sébastien de Montfalcon. Puis, les Bernois en firent une prison. Devenu propriété nationale en 1798, il fut vendu en 1803. Les nouveaux propriétaires s’aperçurent bientôt que la haute tour carrée projetait sur le sol une ombre faisant du tort à la vigne. Toute la partie supérieure fut, en conséquence, démolie sans pitié (Dictionnaire Mottaz).
Jean-Luc Benoziglio et son éditeur affirment dans leur roman « Louis Capet, suite et fin », paru au Seuil en 2006, « basé sur de nombreuses archives inédites », que Saint-Saphorin aurait connu fin XVIIIe siècle une « Auberge de la Pomme de Pin ».