Les vaches amies de la nature ! Qu’en est-il vraiment ?

A propos de l’article « Les vaches produiraient trop de CO2 ? » paru le 4 juin

Brian de Grenus, Grandvaux

Brian de Grenus, Grandvaux – Etudiant en énergie et techniques  environnementales | Ce présent article fait suite à la parution du 4 juin concluant un peu simplement que les vaches sont « plutôt amies de notre climat ». Ceci va à l’encontre de ce que j’ai pu entendre ou lire sur le sujet durant ma formation. C’est pourquoi, j’ai décidé d’entreprendre quelques recherches. D’autant plus que le thème abordé touche directement à un sujet d’importance capitale qui est le réchauffement climatique qui, malgré les appels de la communauté scientifique, continue d’augmenter faute de mesures concrètes suffisantes de la part de nos politiciens pour protéger notre planète et ses habitants ! (Pendant l’écriture de cet article, la loi sur le C02 datant de 2018, plutôt modeste dans ses ambitions, vient de passer au parlement, mais l’UDC a déjà annoncé un référendum là-dessus… On en reparle dans deux ans ? On a plus le temps !)

Le bilan carbone de la vache vraiment positif ?

Il est bon de rappeler que les gaz à effet de serre ont un impact direct sur le réchauffement climatique et que l’activité agricole est, à elle seule, responsable de 14% des émissions totales de ces gaz en Suisse [1]. Ces gaz sont principalement le CO2, le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O). Ce dernier, bien que 300 fois plus impactant que le CO2 [2], n’est pas directement lié à la production bovine et ne rentrera pas dans la réflexion. Dans l’article du 4 juin, on peut lire que les auteurs pensent posséder, « tous les ingrédients » pour faire leur bilan, à savoir : les émissions de CO2 émises par la production bovine ainsi que l’absorption de CO2 par les puits de carbone des prairies. Qu’en est-il vraiment ?

Point sur les émissions

Dans leur calcul, il manque un élément primordial : le méthane (CH4), dont l’impact sur l’environnement est pourtant 30 fois supérieur à celui du CO2 [3]. La fourchette d’émission de méthane pour une vache va de 90 à 160 kg/an [4]. En ajoutant ce facteur 30 pour comparer en équivalent CO2, on dépasse déjà les 425 kg de CO2. présenté dans l’article du 4 juin. Ceci sans prendre en compte le reste des émissions de CO2. Selon le GIEC, les bovins émettent à eux seuls 2/3 des gaz à effet de serre produits par l’élevage [5].

Point sur l’absorption

L’absorption de carbone par les sols est un phénomène complexe dépendant d’énormément de facteurs, comme les conditions climatiques et la composition du terrain. Pour ne rien faciliter, elle peut également varier au fil du temps. Il est vrai que la production bovine dans les zones de prairies permet une absorption de carbone favorable. Cependant, les chiffres annoncés sont à revoir à la baisse et tourne plus autour de 0.5 à 1 tonne de carbone par ha [6] contre 6 annoncés. Le carbone est stocké sur une période moyenne d’environ 40 ans [7]. Or, lorsque la terre est retournée ou travaillée, le carbone qu’elle renferme est massivement libéré, contribuant à l’augmentation de l’effet de serre [8]. Ces zones captant du carbone sont donc d’un enjeu majeur et il faut les préserver ! De plus, tous les bovins de Suisse n’ont pas les mêmes conditions de vie que ceux des auteurs du précédent article. Elles sont bien trop nombreuses pour pouvoir toutes profiter des jolis pâturages suisses. Elles sont donc nourries avec du maïs, dont la culture, même locale, stocke moins de carbone que ne le font les prairies ou pire, avec du soja importé du Brésil, contribuant à la déforestation ! En effet, 63% des zones de forêt amazonienne défrichées deviennent de nouveaux champs pour la production de soja destiné uniquement à nourrir le bétail [9]. Difficile pour le consommateur de s’y retrouver. Privilégier l’agriculteur local plutôt que la grande distribution est dans tous les cas une bonne solution !

Conclusion

Le format court imposé pour cet article ne permet pas de donner tous les chiffres et réflexions, mais il suffit à montrer que le bilan carbone positif de la production bovine communiqué lors de l’article du 4 juin est erroné. Si les vaches ne sont, en soi, pas mauvaises pour la nature, leur nombre, la manière dont la production bovine a été organisée et notre surconsommation, eux, le sont. Cet article se veut le plus informatif et constructif possible et a pour principal objectif de rectifier les faits. L’urgence climatique est démontrée scientifiquement, et elle est maintenant déclarée dans plusieurs villes de Suisse [10] le temps n’est plus à la désinformation sur le sujet ! Le but de cet article n’était nullement de mettre en cause les agriculteurs, qui font un métier remarquable et indispensable. Il est absolument nécessaire que la population les soutienne davantage, en privilégiant les circuits courts plutôt que les chaînes de la grande distribution !

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Sources utilisées
1. https://www.rts.ch/info/suisse/10716543-transport-energie-dechets-le-detail-desemissions-de-co2-en-suisse.html
2. https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/gaz-effet-serre-cet-autre-gaz-effetserre-emissions-ont-ete-largement-sous-estimees-78485/
3. https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/terre-emissions-methane-gaz-30-foisplusrechauffant-co2-ont-ete-tres-sous-estimees-2805/
4. PDF Les essentiels emissions de gaz à effet de serre et bovins lait herbagers-reduction-viande-environnement
5. https://www.viande.info/recommandations-reduction-viande-environnement
6. https://www.encyclopediapratensis.eu/product/guide-
paturage/des-prairies-pour-stocker-ducarbone/
7. PDF Les temps de résidence du carbone et le potentiel de stockage de carbone dans quelques sols cultivés français
8. PDF Institut de l’élevage le stockage de carbone par les prairies, pages 4/12
9. https://www.greenpeace.fr/amazonie-un-inestimable-patrimoine-ecologique-en-danger/
10. https://www.24heures.ch/vaud-regions/parlement-declare-urgenceclimatique/story/25068931