Les petits plus de la route 66

Christian Dick | Il y a différentes manières de voyager, en prévoyant tous les détails, en laissant le hasard décider, ou un peu des deux. On peut suivre la route ou s’en écarter.

Certaines histoires méritent d’être racontées. Elles participent du voyage et l’embellissent.
En fait j’ai eu beaucoup de chance. Mais la chance, ce n’est pas attendre sous un arbre que passe la pluie, et donc ne rien faire, c’est sortir sous la pluie et se dire qu’elle va cesser, ce qu’elle va forcément finir par faire. On peut donc utiliser une voiture ou une moto. Dans une voiture on est un peu dans sa bulle. Ce n’était pas tout à fait l’idée du voyage. Il m’a semblé qu’en moto la traversée serait plus authentique. Et au pays des Harley, mieux valait aussi conduire une Harley. C’est d’ailleurs ainsi que se sont faits des contacts et des histoires. C’était une chance. C’était surtout le bon choix.

J’arrive un jour en fin d’après-midi dans une localité. La route était barrée. A droite comme à gauche des voitures américaines étaient alignées, des modèles anciens de Corvette, de Lincoln, de Camaro, etc. Un policier arrive, déplace la barrière et me fait signe de passer. Les piétons s’écartent et j’arrive à une grande place où stationnaient des dizaines et des dizaines de Harley. Tout au bout, un festival de blues. La manifestation n’était pas signalée. Elle fut magnifique. Mais sans Harley, précisément, sans ce choix ou cette chance, ne croyez-vous pas que l’agent m’aurait fait parquer au bout de l’Etat!

C’est parfois drôle, la vie. A l’aéroport mon sac de voyage s’est perdu. Je n’avais aucune adresse où le faire acheminer. Il fallait que ce sac soit retrouvé! Et il l’a été. Parmi des centaines d’autres sacs, dans des locaux sombres, j’en ai repéré un identique. Une personne a pris mon sac pour le sien. J’ai signalé cette possibilité au staff qui m’a accompagné, a constaté l’éventualité, et a finalement appelé l’autre personne. Nos sacs ont retrouvé leur propriétaire. Le personnel, ici comme ailleurs, est souvent administratif. Il enregistre une plainte, la transmet et s’en fout un peu. C’est censé suivre. Tout ça pour dire qu’il faut insister, provoquer la chance, ne pas attendre sous l’arbre que passe la pluie.
Dans la même veine, traverser lentement une localité, repérer un bar où stationnent déjà quelques pick-ups géants et des Harley, c’est savoir que ça va être bien. Et ça l’est. A l’intérieur, les clients ont entendu le bruit caractéristique du moteur, se demandent qui vient et d’où, s’il est seul ou accompagné. Et au bar la conversation finit forcément par s’engager et laisser parfois d’excellents souvenirs.