Le périple des Pasche

Céline Pasche | épisode 2 : Xavier part tout seul

Il y a l’intensité et aussi l’allégresse. Au Tadjikistan, nous prenons de l’altitude sur une piste en sable qui parfois nous oblige à pousser nos vélos. Le souffle court et l’effort nous imposent le calme. Deux jours plus tard, nous arrivons au premier col à plus de 4000 m d’altitude avec la vue sur l’Afghanistan et la chaîne de l’Indus Kuch. Nous restons alors plus de deux semaines au-dessus de cette altitude, dans les montagnes du Pamir. La Terre nous offre des instants magiques dans les paysages époustouflants de ces espaces indomptés. Parfois, elle est hostile, brûlante du rayonnement solaire, hurlant du souffle du vent. Mais nous sommes soudés, en harmonie. Au milieu de sommets à 7000 m notre esprit est en paix. Nous sentons une puissante force de vie s’écouler en nous. Et c’est dans cette profonde intensité qu’au fond de moi, j’ai su la relation sacrée qui nous unit avec Xavier.

Je poursuis tout seul, me dit Xavier en me regardant dans les yeux, déterminé.
Nous savions que ce jour pourrait arriver. C’est le dernier baraquement avant les paysages vierges qui s’offrent à nous. Nous sommes dans les steppes de la Mongolie, en hiver, et la sensation de froid est de –35° C. Je commence à sentir la cornée de mes yeux gelés, pour moi c’est fini, je n’ai plus de plaisir. Tout se passe dans le calme, nous y étions préparés. Le choix de laisser l’autre vivre son aventure était une option dans notre démarche. Xavier est euphorique à l’idée de poursuivre dans ces conditions extrêmes et en quelques minutes nous séparons le matériel et nous donnons rendez-vous à Khrakhorin, 300 km plus loin. Pourtant, sorti de nulle part, un chien mord Xavier à la jambe. Sans gravité, il prend tout de même cet incident pour un signe. Nous sautons ainsi dans un camion transportant dix tonnes de peaux de mouton, et nous ne nous séparerons plus.
En couple, nous avons goûté aux saveurs de la Syrie, découvert les traditions iraniennes, roulé en Asie Centrale, affronté le froid de la Mongolie, pénétré le mystère japonais, traversé la Chine d’est en ouest, plongé dans l’agitation du sous-continent indien.
Enceinte à 5500 m d’altitude
D’une aventure, elle devient une manière de vivre. Être nomade à vélo. Dans la célébration de cette vie, nous décidons de créer une famille, parce que nous nous sentons prêts et en équilibre. Pourtant un mois plus tard, je suis enceinte. Nous sommes alors au cœur de l’Himalaya, au camp de base de l’Everest, troublés par cette soudaine réalité.

A suivre…