L’accident… du monde sportif !

Pierre Scheidegger, Panathlon-Club Lausanne |   Il y a bien des années, je découvrais une vérité qui ne m’a jamais quitté: La vie doit toujours rester ce trait d’union entre le corps et l’esprit, mais encore plus quand on pratique un sport, de haut niveau ou pas. Et… si tu ne sens pas ton corps par la souffrance que pourrait t’infliger ton sport… c’est que tu le respectes. L’entraînement devrait être, de ce fait, l’expression de tout un travail optimum, en acceptant une préparation indispensable en adaptant l’organisme à certaines particularités exigées par les sports pratiqués qui, en général, impliquent l’individu de plus en plus jeune, ce qui peut susciter bien des perturbations physiques. La «modernisation» du sport, toutes disciplines confondues, peut nous laisser parfois perplexes vu l’emploi défectueux de la force qui évolue entre la brutalité, que j’appellerais crispée, et une forme de relâchement passif provoquant un faux rythme du mouvement d’où, souvent… l’accident!

L’accident !

L’accident pour un sportif n’est jamais anodin en rapport à ses aspirations. Si le traumatisme est grave et long, les paramètres habituels de ses entraînements tiendront compte très rapidement des diminutions de la masse musculaire, du souvenir du mouvement et surtout des habitudes nécessaires à l’athlète. La passion, car il en faut, soit le plaisir du geste mais surtout la volonté d’atteindre son objectif, augmentera très rapidement son trouble en raison de ce qu’il avait acquis pour parfaire sa carrière. Il pourrait oublier que corps et psyché, vie intérieure et expression corporelle, sont inséparables pour l’homme et encore plus pour le sportif. Surtout pour le sportif accidenté. Tout en reconnaissant la force de caractère, la volonté, la patience pour gérer l’importance des entraînements, mais surtout l’apprentissage souvent sous-estimé qu’oblige le rôle du sportif, du champion, une porte peut bien vite se refermer sur ses acquis, sur sa carrière. On ne peut oublier que la douleur sensorielle est un déclencheur émotionnel entraînant très vite une situation de révolte, de peurs et surtout de refus de la réalité qu’il devra néanmoins assumer.

Le rôle de son entourage devrait être primordial 

Malheureusement, l’égoïsme de la société actuelle, des sociétés sportives trop souvent obnubilées par les résultats, l’argent, fait que ces dernières se détacheront vite de leur «vedette» qu’elles ont adulée. Mais ne dit-on pas que l’oubli est l’une des plus «belles» facultés de l’homme?Là est le risque du découragement, de la dépression, de l’abandon pouvant aller jusqu’à certains traumatismes difficiles à percevoir mais réels. Situation des plus sournoises dont les répercussions laissent parfois des traces indélébiles.

Une vérité souvent oubliée

Ariphron de Sicyone, philosophe grec, n’a-t-il pas dit:

«La vie est dans la santé, non dans l’existence!»

Pour le champion, son sport est sa santé. Et sa santé est rapidement liée à sa gloire, à l’argent, qui souvent lui offrent une certaine facilité de vie l’éloignant parfois des réalités de l’existence de tout un chacun.En Suisse, il y a déjà bien des années, le monde du sport et les politiques ont sainement réagi avec l’étude, l’organisation et la gestion du suivi de l’après-carrière des sportifs, réalisant que tout sport de haut niveau est parfaitement compatible (ou devrait l’être) avec la future vie professionnelle et familiale de ces derniers. Grâce à la création d’institutions «sport-étude» on ménage des possibilités d’apprentissage, actuellement très actives, qui permettent la réinsertion rapide du sportif d’élite dans la vie active. Elles autorisent également un soutien appréciable à tout sportif devant prématurément arrêter sa carrière pour des raisons d’accident, impliquant par là l’obligation de rompre délibérément avec son rythme antérieur. Certainement un bel apport psychologique nécessaire.Le sportif, dans son for intérieur, est un «égoïste» souvent focalisé exclusivement sur sa carrière. C’est un homme entraîné qui s’est «construit» momentanément grâce à un tempérament assez particulier mais qui peut se trouver très rapidement fragilisé en cas d’accident ou d’arrêt prématuré de carrière. S’il est vrai qu’à un certain moment de son existence le sportif ait pu penser avoir changé sa nature par l’accession à la gloire, l’homme retrouvera obligatoirement les conditions de vie d’où son sport l’avait fait sortir. Cette victoire… sans médaille lui offrira beaucoup plus, soit le respect.Chaque sportif, chaque «vedette» et entraîneur, mais surtout tout parent, devraient y penser!