La Suisse nouvelle

par Laurent Vinatier | Au moins c’est fait, et avant le week-end. Vendredi dernier en fin de journée, 110 noms supplémentaires de clients américains sont transmis à la Justice de leur pays par le courageux gestionnaire de fortune Swisspartners, la filiale suisse de la Liechtensteinische Landesbank. Ce n’est guère surprenant à vrai dire, tant les négociations allaient bon train depuis un moment entre les parties intéressées et les menaces de sanctions se concrétisaient: il est juste un peu douloureux aujourd’hui de se rappeler que le secret bancaire en Suisse n’est plus; qu’il n’est plus en tout cas un concept à la mode chez nos riches voisins et amis occidentaux. Ce n’est pas le «pauvre» Uli Hoeness, l’ancien patron du Bayern de Munich, qui vient d’être condamné en mars à trois ans et demi de prison pour évasion fiscale (en Suisse) qui le démentira. Ces noms s’ajoutent au sien, à tous ceux, déjà livrés, et à ceux qui le seront sans doute prochainement. Il semble que tout ceci ne soit qu’un début.
Au-delà de la délation forcée – sur le modèle cornélien «c’est eux ou nous» – et du goût amer que doivent éprouver, un peu peut-être, les banquiers suisses, la Confédération dans son ensemble fait face ici à un défi essentiel qui la questionne sur sa nature et sa stature internationale. Disons que pour une fois, les Suisses sont devant un vrai problème qui se distingue pour le coup des sempiternels débats sur la vignette à 100 euros, le béton à Lavaux et les 4000 francs de salaire minimum, entre autres éléments dont l’importance est quand même relativement exagérée. Il n’y a guère que les interrogations sur les quotas pour étrangers qui font un peu sens, dans la mesure où, assez subrepticement, la victoire du oui au référendum de février peut être finalement perçue comme une petite mais significative revanche des Suisses contre les pressions continues de leurs amis européens sur le dossier fiscal et bancaire.
Toujours est-il que les banques et l’Etat suisses doivent redéfinir leur stratégie et élaborer un nouveau modèle de développement, pour lequel il y a en gros deux solutions. L’une, plutôt pour les petites banques, serait que ces acteurs se focalisent sur leur environnement et clientèle immédiat, donc essentiellement suisse. L’autre pour les banques de dimension internationale serait, pour faire vite, d’encourager le développement de leurs activités en Asie et privilégier la gestion d’actifs institutionnels. L’Europe en effet, à cause, ironiquement cette fois-ci, du dernier référendum sur les quotas, risque de ne plus être une place aussi accueillante. A moins d’en faire une grande Suisse, donc d’y prendre part au moins partiellement et d’y favoriser ou négocier la mise en œuvre d’une politique fiscale commune. Bien souvent il peut être pertinent, lorsqu’un modèle est démis localement, de l’élargir ou de l’exporter au niveau supérieur; d’autant que cette option tournait et tourne encore dans certaines chancelleries.