Billet d’humeur – Ecole « normale »

Il s’agirait donc de remettre l’école au milieu du village…

Pierre Dominique Scheder, Poète-chansonnier, Psychopédagogue piagétien ! | Je suis d’un temps où l’Ecole normale formait des volées de régents et régentes bien intégrés dans le terroir romand. Il sortait de là de bons maîtres, qui aimaient leur métier non encore submergé de tests, de contrôles et de fiches de toute sorte. Ces enseignants jouissaient d’une grande liberté d’action et n’étaient surveillés que par quelques visites très épisodiques de l’inspecteur – à quatre moteurs, comme disaient les enfants. Mais il en sortait aussi une pléiade d’artistes, de poètes et autres « animateurs culturels ». Ainsi, de cette Ecole normale sont issus des chansonniers comme Michel Bühler, des humoristes comme Denis Meylan, dit « Bouillon », ou encore des ménestrels comme André-Daniel Meylan dit « Chonchon ». L’Ecole normale formait aussi d’excellents musiciens ou chefs de chœurs, qui dirigeaient la fanfare ou la chorale du village. Même que l’un d’eux créa avec ses élèves un orchestre de bal très connu à l’époque, « Les Cactus ». Ce système avait certes ses défauts, mais il était ouvert aux originaux : de drôles d’oiseaux pouvaient encore y faire leur nid et l’égayer, à la plus grande joie des élèves. Je suis donc de ce temps bien révolu des chars à roues cerclées de fer qui crissaient sur la route et du « triangle » qui ouvrait les chemins enneigés, tiré par six chevaux écumants et fumants. Mais où sont ces neiges d’antan ? Où est passé le petit garçon qui sonnait la cloche pour appeler les enfants en classe ? Qui coupait le petit bois pour allumer le grand fourneau de l’école ? Même que Monsieur Duvoisin, le maréchal-ferrant du village, avait confectionné un outil tout spécialement pour cette noble tâche. Qu’en est-il aujourd’hui ? J’ai peur que les hautes écoles nous coupent de l’essentiel, soit d’un état de poésie pourtant si nécessaire à l’enfant. La poésie d’être devrait avoir la première place en nos écoles, en particulier dans les voies dites « générales ». Il s’agit d’aller à la rencontre de l’enfant, plutôt que de le formater aux exigences d’un système de plus en plus dur et implacable. Les lois élémentaires de la psychologie et de l’apprentissage ne sont pas appliquées dans nos collèges. Horaires contraignants, pénibles devoirs à domicile, « confinement » dans des locaux fermés toute la sainte journée, manque criant de grand air et de nature, etc. Les chefs et cheffes de département se succèdent, chacun et chacune y allant de sa petite réforme. Mais personne n’ose toucher à la base de cet édifice, qui ne correspond plus aux besoins fondamentaux des familles et des enfants en recherche de sens. Il s’agirait donc de remettre l’école au milieu du village. Créer des lieux culturels inter-actifs proposant à tout public des débats et des animations, où les élèves seraient invités, plutôt qu’obligés, à connaître et à apprendre. Bref une école qui ne barbe pas papa et où il ferait bon aller, comme à celle vagabonde et buissonnière conduisant aux plus grandes, merveilleuses et inattendues découvertes ou inventions !