« Wildland » de Jeanette Nordahl

l’amour et la violence

Charlyne Genoud | Le premier long métrage de la danoise Jeanette Nordahl s’intéresse au pouvoir destructeur de l’amour familial. Entre proximité et violence, la famille qu’elle met en scène enfreint toutes les lois, qu’elles soient morales ou juridiques.

Le vice comme hobby

Wildland commence sur un deuil, celui que doit faire Ida qui vient de perdre sa mère dans un accident de voiture. Première fissure dans la vie de la jeune fille, cet évènement tragique en entraînera bien d’autres puisqu’il forcera la mineure à emménager avec sa tante inconnue et les trois fils de cette dernière. Intégrant cette famille monoparentale, la jeune orpheline va rapidement découvrir pourquoi son entourage a, jusqu’alors, préféré la garder loin d’un ménage où le vice se pratique comme un hobby. A peine arrivée dans son nouveau nid, elle est emmenée par sa tante dans une suspecte discothèque où elle dit devoir discuter d’affaires. Attablée seule au bar du club, Ida semble résister pour quelques instants encore à la vie de débauche dans laquelle on tente de l’entraîner.

Matriarche sous haute tension

Dans la famille sauvage, je demande la mère. Mais y en a-t-il vraiment une ? A la fois tendre et substitut maternel pour la jeune Ida, la matrone de cette étrange lignée se révèle être la meneuse d’une mafia familiale sans vergogne. Passant sans cesse d’une proximité presque incestueuse à l’égard de sa progéniture, à une impétuosité lointaine à toute forme d’amour maternel, elle ne s’illustre jamais en mère, mais donne plutôt le ton à un clan perdu entre l’amour et la violence. La brutalité des crimes de ses trois fils répond ainsi directement aux ambigüités d’une mère imprévisible. En matriarche protectrice, elle déteste les amies de ses fils et n’hésite à les exclure, notamment à la table de la cuisine, lieu où se jouent souvent les rapports de force au sein de la famille. Ce décor qui se répète illustre la proximité du groupe qui se serre les coudes autant littéralement que symboliquement. En sont dès lors exclues les membres parasites, comme les amies des fils. Par opposition, Ida y est accueillie à bras ouverts. Les personnages féminins qui finiront par être sacrifiés d’une manière ou d’une autre se construisent dès lors par un savant jeu de parallèles.

Visage narrant

Malgré l’accueil particulier qui lui est réservé, Ida garde une mine fermée et un regard dur sur sa famille d’adoption au début du film. Contrastant avec la familiarité que partagent les autres membres, son visage sur lequel se focalise la caméra fonctionne comme un narrateur du drame qui se déroule sous nos yeux. De nombreux gros plan dans la voiture illustrent ainsi la méfiance décroissante de la jeune fille au fur et à mesure de son intégration au clan. Mais ces plans serrés pris dans ce lieu clos illustrent aussi son enfermement progressif et sa perte de contrôle sur un itinéraire décidé par ses cousins qui conduisent le véhicule vers des scènes de crime. C’est ainsi par l’hyper-expressivité du visage de la jeune actrice, et par les longs plans qui les capturent que l’on saisit certains événements tragiques qui se déroulent hors champ. Son visage se raidit de nouveau, à l’image du lien familial qui se dégrade. Les issues de secours disparaissent alors que le piège se referme autour de la jeune Ida. Sa voix over vient conclure l’horreur de la situation : « Pour certains les choses vont mal avant même d’avoir commencé »

Wildland (Kød & Blod), Jeanette Nordahl, 2020Danemark, 88’Sortie prévue le mercredi 2 décembre – A voir au cinéma d’Oron, salles sur réservations privées par mail ou téléphone

Jeanette Nordahl décrit son œuvre comme un « film mafieux female-driven »