« Virus tropical », de Santiago Caicedo

Pas une histoire de pandémie!

Charlyne Genoud | « Virus tropical » est l’adaptation en film d’animation d’un roman graphique publié en 2011 par Power Paola, une dessinatrice colombienne et équatorienne. Le long-métrage, tout comme l’œuvre originale, retrace la vie de la dessinatrice de sa naissance à ses vingt ans dans l’Amérique latine des années septante à nonante.

Enfant virus 

Au centre du récit, Paola nous entraîne dans sa vie de famille parfois mouvementée. La jeune fille voit le jour dix ans après la naissance de ses deux soeurs, alors que sa mère n’est en principe plus apte à avoir des enfants. Les médecins ne peuvent concevoir que cette dernière soit enceinte et pensent plutôt à un virus tropical, d’où le nom de l’autobiographie de Paola Gaviria. Arrivée ainsi dans une famille qui ne l’attendait pas, la petite fille subit un climat familial assez instable. Le long-métrage la suit dans ses hauts et ses bas à des âges déterminants pour toute une vie. Ainsi, comme l’incipit d’un roman qui permettrait de deviner l’ensemble du texte, l’enfance de Paola Gaviria nous permet d’entrevoir l’ensemble de sa vie et de son oeuvre.

Dessin anti-inflammatoire

Le dessin s’immisce progressivement dans la vie de la petite fille, et occupe dès le début les moments cruciaux. Il est d’abord la raison d’une rencontre avec le pape lorsqu’elle gagne un concours de dessin, mais aussi la « bonne nouvelle » qu’utilise son père pour contrer la mauvaise qu’il vient d’annoncer à sa petite famille: il part vivre dans un autre pays. Le dessin est alors utilisé comme réducteur de peine à un mal bien trop grand, et Paola continuera après le départ de son père à en user ainsi. Une scène magnifique la montre ainsi au milieu d’un conflit alliant larmes, rires et cris entre sa mère et sa soeur aînée. Au deuxième plan, Paola dessine des univers, et ces derniers transforment le lieu où elle se trouve au moyen d’une animation incroyable. Ainsi, puisque le film est une autobiographie, on aperçoit le résultat de cette enfance qui se tourne progressivement vers le dessin dans sa narration même. 

Dessin monochrome jamais monotone

Bien que Paola Gaviria ne figure pas comme réalisatrice de « Virus tropical », c’est elle qui a réalisé les 5000 dessins nécessaires au film. Elle évoque en interview l’importance de tout dessiner elle-même au lieu de déléguer. Power Paola tient ainsi à faire revivre le contexte des années septante à nonante encore bien ancré dans sa mémoire. Le réalisateur du film Santiago Caicedo est un ami de la dessinatrice. Il s’est, quant à lui, chargé de l’animation, qui est particulièrement surprenante avec des travellings majestueux et des transitions impressionnantes. Des effets de négatif font par exemple se succéder un plan à dominance blanche à un plan noir. Le dessin est aussi très varié, immisçant des personnages dessinés par une ligne fine dans des décors très détaillés et même en découpage parfois. Ceci s’explique par la thématique du film: puisque l’on traite d’un personnage en pleine croissance qui change petit à petit, le dessin suit un modèle similaire. En plus de l’image en noir et blanc qui ravit nos yeux, une bande-son composée par Adriana García Galán réjouit nos oreilles. 

« Virus Tropical », de Santiago Caicedo. Colombie, Equateur, 2017. A voir jusqu’au 10 juillet sur mubi.com

Disponible sur MUBI

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