23 Février 2018
N°7 Du jeudi 22 février 2018 ● 67e année (N°3222

Sur le vampire de Ropraz et environs

Addendum à notre série « Histoire de nos villages »
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Histoire

Claude Cantini  |  Deux lecteurs, après avoir lu en juin dernier ma brève allusion au « vampire de Ropraz » ont manifesté leur désir d’en savoir plus.

Voici donc quelques détails supplémentaires.

L’affaire est sortie de l’oubli en 2007 à la suite de la parution du roman (donc œuvre de fiction) de Jacques Chessex «Le vampire de Ropraz». Or, si l’on met de côté l’indiscutable succès éditorial (marqué par l’emphase de certains critiques), la vérité historique nous oblige à insister sur le fait que Constant (son vrai prénom) Favez n’a pas commis les crimes.

Résumons les faits

En janvier 1903, Rosa Gilliéron, de Ropraz, décède d’une méningite. Enterrée au cimetière du village, l’on découvre deux jours plus tard sa tombe et son cercueil ouverts; le cadavre a été victime d’actes nécrophiles. En février, à Carrouge, les mêmes actes sont constatés sur la dépouille de Rosa Goël, décédée d’une tuberculose, et, vers la fin du mois, c’est au tour du cadavre d’Elise Buttet, habitant Ferlens et morte également de tuberculose, d’être découvert, victime de violences pathologiques.

En mai, Constant Favez, garçon de ferme à Ferlens, est découvert en train de commettre un acte contre nature (zoophilie) sur une vache du domaine. Enfermé par les gendarmes de Mézières dans la prison d’Oron, sise à la Maison de Ville, il semble être le coupable. Il est né à Syens en 1882, dans un milieu familial touché par l’analphabétisme et l’alcoolisme, d’où un placement précoce à l’Assistance publique. Examiné par le Docteur Mahaim, directeur de l’Asile de Cery depuis 1899, il est cependant reconnu comme alcoolique, taciturne, ataviquement enclin à des crises de colère qui peuvent monter en violence, mais en aucun cas démembreur de cadavre et anthropophage. Le professeur Mahaim propose donc de libérer Favez, cette libération étant assortie d’une amende de 35 francs inscrite au casier judiciaire pour ses agissements envers les animaux et, surtout, l’obligation d’un traitement psychologique d’au moins trois mois à raison d’un entretien hebdomadaire à l’Asile de Cery.

Favez est après quoi libéré en juillet et vagabonde, avant de revenir à Ferlens où, en état d’ivresse, il tente de violer une voisine. Arrêté à nouveau, il se retrouve à la prison d’Oron. Le procès s’ouvre au Tribunal d’Oron le 17 décembre et se conclut le samedi 19 décembre 1903; il est présidé par Charles Pasche, l’avocat d’office étant Maître Gorgerat.

Or, si enfermement à l’Asile de Cery il va y avoir (il y est transféré le jour même), le verdict du tribunal est néanmoins clair. Déclaré à l’unanimité non-coupable des trois crimes nécrophiles, Constant Favez est condamné «pour attentat à la pudeur avec violence, commis dans un état de démence qui le mettait hors d’état d’apprécier les conséquences et la moralité de ses actions» (Feuille d’avis de Lausanne, 21 décembre 1903, p. 4).

Après trois ans de cellule, son physique le désigne tout naturellement pour être affecté à la ferme de l’asile, où il travaille comme porcher. Il s’évadera en février 1915 et disparaîtra à jamais.

Le vrai vampire de Ropraz n’a jamais été identifié.

 

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