La petite histoire des mots

Krach

Georges Pop | La pandémie de Covid-19 a non seulement répandu la peur au sein des populations les plus éprouvées, banni les activités culturelles et sportives ou ralenti l’activité économique, elle a aussi provoqué un krach boursier historique. Le mot « krach » désigne une baisse très brutale, par exemple d’un marché financier, à la suite d’un afflux massif d’ordres de vente, dû le plus souvent à l’éclatement d’une bulle spéculative, à un vent de panique, ou aux deux. L’histoire des bourses financières est ponctué de « krachs ». Le mot nous vient de l’allemand et veut dire « grand bruit » ou « tumulte ». Le verbe « krachen » signifie « s’écraser ». « Krach » fut utilisé pour la première fois dans un sens métaphorique par la presse germanique, lors des chutes abruptes des bourses de Vienne et de Berlin, en été et automne 1873. Cette année-là, l’Autriche connut une crise d’une rare violence : des centaines de banques qui avaient prêté trop massivement à des investisseurs immobiliers, dont les immeubles avaient été largement surévalués, virent le prix des biens hypothéqués chuter drastiquement. Elles firent faillite en cascade. La vague toucha très vite Berlin, puis Paris et New-York. La crise entraîna d’innombrables banqueroutes et fut la cause de très nombreux drames individuels. Il est intéressant de noter que le premier krach boursier authentifié par les historiens a eu lieu en 1637 aux Pays-Bas. La cause en était une fleur: la tulipe ! Il se trouve qu’au XVIe siècle, un diplomate hollandais découvrit la tulipe à Constantinople, alors capitale de l’Empire Ottoman. Conquis par la beauté de la fleur, il s’empressa d’envoyer des bulbes dans son pays où une véritable fièvre de la tulipe s’empara des commerçants et des habitants. Entre 1634 et 1637, le prix des bulbes de tulipe flamba : il augmenta de 5900% en raison de la spéculation et du fait que les bulbes étaient achetés en automne mais n’étaient payés qu’au printemps, lorsqu’ils étaient plantés. En 1636, les autorités adoptèrent une loi stipulant que les contrats ne devaient plus inclure une obligation d’achat. Du coup, les acheteurs affluèrent en masse sur le marché, provoquant un effondrement du cours de la tulipe et la banqueroute de nombreux commerces. Les Hollandais ne furent pas dégoûtés de la tulipe pour autant. Ils sont aujourd’hui le premier producteur mondial de cette fleur qu’ils exportent au quatre coins du monde. Le parc Keukenhof de Lisse est la vitrine de cette industrie: 32 hectares qui ne s’ouvrent au public que huit semaines par an, au moment où les tulipes fleurissent. Le parc regroupe 1700 variétés de tulipes. Quarante jardiniers travaillent toute l’année dans le parc et plantent à la main 7 millions de bulbes. Rien n’est laissé au hasard pour garantir deux mois de floraison. Il faut d’abord planter les bulbes à floraison tardive, puis les tulipes précoces, remettre une épaisseur de terre et, par-dessus, planter des crocus. Qualifié de plus beau parc printanier du monde, le Keukenhof est en principe ouvert cette année au public du 21 mars au 10 mai. Mais cette ouverture risque bien d’être bouleversée en raison d’une autre « floraison », celle du coronavirus Corvid-19 !